Économie mondiale, ouverture européenne, internationalisation des savoirs ne permettent plus aujourd’hui de se contenter de sa langue maternelle pour communiquer.
Langues
Économie mondiale, ouverture européenne, internationalisation des savoirs ne permettent plus aujourd’hui de se contenter de sa langue maternelle pour communiquer.
Les Français ont bien mauvaise réputation en la matière, incapables de renseigner un touriste égaré ou de demander leur chemin loin de chez eux! Pourtant il n’est pas possible de s’y retrouver en informatique sans quelques bases d’anglais, d’étudier l’histoire d’un pays sans en connaître l’idiome… Combien d’opportunités d’embauche manquées, pas seulement en dehors de l’hexagone? Car les employeurs dédaignent désormais les C.V. où ne figurent dans la catégorie langues que les mentions « niveau scolaire » ou « lu, écrit, parlé ». Il faut pratiquer couramment, être spécialisé (italien commercial, chinois financier, allemand juridique), mieux encore avoir étudié à l’étranger (d’où la quasi-obligation pour les anglicistes de décrocher le T.O.E.F.L., Test of englisf as a foreign language).
Dans un tel contexte de chasse aux polyglottes, l’enseignement des langues en France connaît une nouvelle vigueur. Les initiatives se multiplient dans l’Éducation nationale: développement des sessions internationales du bac, créées en 1981 et offrant aux élèves bilingues de poursuivre leur cursus dans un autre pays, renforcement depuis 1992 des sections européennes alternant cours en langue maternelle et en langue étrangère, promotion de l’apprentissage d’une langue vivante dès le primaire, création du D.C.L. (Diplôme de compétences en langues)…
Elles sont relayées dans le privé. Les organismes de séjours linguistiques, de stages intensifs et les méthodes accélérées sur cassettes audios, vidéos ou CDrom fleurissent et se livrent une concurrence acharnée sur un marché aussi vaste que naïf. Il convient de se méfier des promesses invraisemblables: une langue ne s’apprend pas en 15 jours!
Attention également aux tarifs, à la qualité des professeurs et à l’objectif visé. La démarche n’est pas la même selon qu’on souhaite s’initier en vue des prochaines vacances ou se perfectionner pour un voyage d’affaires. Face à cette diversification des besoins, le système scolaire semble parfois mal adapté. Il garde la distinction classique langues vivantes obligatoires (L.V. 1, L.V. 2, L.V. 3) et langues anciennes (latin, grec) ainsi que langues régionales (basque, breton, occitan…) plutôt optionnelles. Faute de moyens, il pratique encore un enseignement traditionnel qui privilégie versions et thèmes, qui mêle culture générale, parlé courant et analyse littéraire, qui vise à préparer le bac et à poursuivre ses études.
Ainsi le décalage demeure inquiétant entre les besoins sur le terrain où l’expression orale est fondamentale et les épreuves d’examens où l’écrit domine.
Par ailleurs les pressions paraissent telles qu’elles conduisent à des dérapages. Trop de langues sont étudiées non par goût ou intérêt personnel mais par stratégie élitiste : le russe pour obtenir un meilleur établissement, le grec pour être dans une meilleure classe, les langues des sections internationales réputées de meilleur niveau… Évidemment certains choix d’idiomes rares, du moins peu accessibles dans les collèges et lycées, relèvent d’une réelle démarche culturelle (surtout pour les étudiants d’origine étrangère) ou économique (ouverture des pays de l’Est et d’Asie); ils favorisent l’enrichissement des listes de cours et options des écoles où seuls anglais, espagnol, allemand et italien étaient proposés jusqu’à présent.
Même la politique de mise en place de l’enseignement des langues en primaire se fait trop ambitieuse. Certes, plus un enfant est jeune, plus vite et mieux il apprend… à condition néanmoins d’être en immersion totale, comme ces bébés élevés dans des familles où les parents parlent des langues différentes. Le problème reste que la plupart des petits de 6 ans ont déjà du mal avec le français. En outre, les séances ne sont pas suffisamment intensives pour permettre de bien progresser. Alors, pas de langue de bois : on ne peut maîtriser une langue étrangère que si on maîtrise déjà sa langue maternelle. Et puis il ne suffit pas d’avoir un diplôme en langues pour s’insérer dans la vie active. Avant d’opter pour les filières L.E.A. (langues étrangères appliquées) ou les langues O’ (Institut national des langues et civilisations orientales), mieux vaut réfléchir à un projet professionnel. Quant à ceux que la découverte d’autres langages passionne, ils consulteront avec plaisir le site www.langagelearning. net qui répertorie 5 800 institutions enseignant 60 langues dans 80 pays !