la langue française est complexe dans la mesure où l’oral n’a rien à voir avec sa transcription écrite, autrement dit son orthographe.
Orthographe
Comment ça s’écrit ? Faut-il mettre un accent grave ou circonflexe? Pourquoi ne prononce-t-on pas le t final? Y a-t-il un s ou deux? Voilà des questions qui montrent combien la langue française est complexe dans la mesure où l’oral n’a rien à voir avec sa transcription écrite, autrement dit son orthographe. On ne compte plus les célèbres subtilités – lettres muettes, redoublées ou correspondant à plusieurs sons – qui font s’arracher les cheveux de bien des écoliers, enseignants, parents et autres adeptes des dictées de Bernard Pivot!
Le problème est d’une telle acuité qu’il est à l’origine de la controverse autour de la réforme de l’orthographe, les partisans de la phonétique la plus simple s’opposant aux traditionalistes les plus sévères. Certes il semble logique pour l’oreille d’écrire « ortograf ». Néanmoins l’œil ne comprend- il pas mieux « orthographe », qui illustre le sens du mot par son étymologie (ortho = juste / graphe = écriture)? Il apparaît donc que ce n’est pas tant l’écriture en elle-même que ses règles (grammaire, conjugaison, ponctuation…) et son histoire (origine, évolution, signification…) qui comptent. Pour preuve, à l’école, l’apprentissage de l’orthographe commence avec celui de la lecture selon un processus en quatre étapes:
- 1. Les élèves entendent d’abord des sons puis des mots.
- 2. Ils retiennent la ou les façons d’écrire ces sons et ces mots.
- 3. Ils apprennent les raisons qui font que la prononciation est identique ou différente de l’écriture.
- 4. La dictée permet alors de vérifier si tout a été enregistré. Ainsi il faut se rappeler des modes de transcription et des lois qui les régissent.
D’où les critiques, dont certaines légitimes, à l’égard de la méthode globale qui, en délaissant le travail sur les sons, empêche de faire la transition entre l’oral phonétique et l’écrit réglementé.
Et s’il ne fournit aucun effort de mémoire, même le plus assidu des lecteurs ne sera pas forcément abonné au zéro faute en dictée!
Quant aux dyslexiques, ils bloquent souvent parce qu’ils ne parviennent pas aussi facilement que les autres à faire le lien entre les quatre étapes de l’apprentissage de l’orthographe; ils ont besoin d’une attention toute particulière.
Au total, l’orthographe n’est pas innée.
Elle se travaille, se mémorise et s’entretient. Son respect prouve la maîtrise du français. Pourtant trop de gens se facilitent la vie: une barre horizontale en cas d’hésitation entre un accent aigu et un accent grave, un signe informe pouvant aussi bien passer pour un a, un e, un o… sous prétexte que de toute façon, c’est le fond qui importe, pas la forme. On peut regretter qu’au nom de cette idée, l’enseignement de l’orthographe ait perdu de sa rigueur: Bled et Bescherelle ont été remisés dans les placards et l’apprentissage par cœur taxé d’exercice idiot au bénéfice de l’intuition.
Tout le paradoxe est là: les exigences redoublent tandis que la pratique se relâche.
Le plus prudent reste encore d’ouvrir un
dictionnaire. C’est non seulement la référence incontestable pour comprendre la signification des mots mais aussi et surtout pour vérifier s’ils sont écrits correctement!