Techno / pro
Traditionnellement on identifie en France trois voies d’enseignement:
1) la voie générale bacs S, E.S., L;
2) la voie technologique bacs S.T.I., S.T.T., S.M.S., S.T.L., S.T.A.E., S.T.P.A., hôtellerie, technique de la musique et de la danse;
3) la voie professionnelle 200 C.A.P., 40 B.E.P., 60 bacs pros.
La première demeure la plus prisée et la mieux considérée puisqu’elle conduit principalement à l’université et aux grandes écoles. Les deux autres, confondues dans les esprits, sont assimilées par les élèves, les parents, les professeurs à des voies de garage fréquentées par des sujets médiocres, en rupture scolaire, voire irrécupérables.
Le cursus professionnel débute après la classe de troisième et vise à l’acquisition de connaissances globales alliées à un savoir-faire. Il se poursuit soit en L.P. (lycée professionnel), soit en C.F.A. (centre de formation des apprentis) par le biais de l’apprentissage. Le C.A.P. prépare à un métier précis.
Le B.E.P. et le bac pro relèvent plutôt de domaines professionnels généraux et visent à la poursuite d’une scolarité, souvent en alternance, pour se spécialiser.
Le cursus technologique démarre à l’issue de la seconde avec pour objectif l’initiation à des matières précises. Il conduit, après le bac, aux études supérieures technologiques (B.T.S., D.U.T., écoles spécialisées).
Malgré leur revalorisation progressive, car certains employeurs apprécient leur finalité à former une main-d’œuvre qualifiée et rapidement opérationnelle, ces deux cursus restent déconsidérés.
Les stéréotypes et préjugés ont la vie dure. Pire, ils sont alimentés par le système scolaire luimême. Ce dernier oriente les jeunes en tenant compte non seulement de leur niveau brut, de leur comportement mais aussi des places disponibles!
Il s’interroge peu sur les capacités réelles, les motivations, les projets professionnels, le contexte économique… D’où des incohérences et des injustices. Des littéraires dans l’âme, dont les résultats sont satisfaisants partout, se retrouvent à préparer poussivement le bac S censé ouvrir toutes les portes. On s’offusque si un abonné aux 20/20 en troisième se décide pour un C.A.P. coiffure sous prétexte qu’il gâche son potentiel. On ne laisse pas sa chance à un enfant « un peu juste » qui risque de traîner les pieds dans un B.E.P. inadapté à son profil.
Il convient de se demander si la mauvaise réputation des filières technologique et professionnelle ne vient pas justement de cette orientation « par défaut ». Elle crée souvent des classes trop hétérogènes mêlant multi-redoublants démoralisés, volontaires vite découragés par une ambiance déstabilisante, blasés peu concernés, jeunes sans démarche commune et incapables de s’entendre (logique quand on sait qu’une classe de C.A.P. peut accueillir des élèves âgés de 16 à 26 ans!).
Au total, s’engager dans l’univers du techno-pro constitue un défi car, contrairement aux idées reçues, les études y sont difficiles. Il faut se frotter à la réalité du terrain, trouver le juste équilibre entre le monde de l’école et le monde de l’entreprise et respecter un rythme intense pour réussir: il n’est guère évident pour un apprenti ou un élève en alternance de se replonger dans les livres de cours après une journée de travail. Il faut constamment se remettre en cause: ne pas s’obstiner dans un cursus si les enseignements ne conviennent pas ou si les débouchés sont limités et ne pas se laisser influencer par les intitulés des diplômes. Par exemple, si S.T.A.E. signifie sciences et technologies de l’agronomie et de l’environnement, cela ne veut pas dire qu’il suffit d’aimer vaguement la nature pour s’y plaire.
Surtout, il faut toujours avoir un projet concret à long terme.