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Les jeunes face aux livres


Pourquoi chercher, sinon par « snobisme intellectuel », à séparer les lectures honteuses des lectures nobles? Il n’est pas rare que les premières conduisent aux secondes. En outre, seuls les adultes paraissent sensibles à une telle hiérarchie. Les enfants en revanche ne voient dans le livre qu’un livre, quel que soit son contenu. Ils lisent dans l’absolu.

Et puis les jeunes possèdent leur propre patrimoine littéraire. Il se construit d’abord à l’école. Là, ils découvrent et retiennent les textes traditionnels qu’ils gardent en mémoire. Ils ne sont pas aussi réfractaires que nous le pensons à La Fontaine, Molière, Balzac ou Zola. Mieux, Hugo est pour eux l’auteur de référence avec son héros Jean Valjean dont le destin les interpelle. Bien sûr, il faut creuser et expliquer sans cesse pour leur faire prendre conscience de l’importance des œuvres étudiées en classe, quitte à opérer quelques rapprochements osés: la lutte du héros de Matrix contre ses ennemis virtuels ne ressemble- t-elle pas à celle d’Ulysse contre les dieux? Il s’agit de leur montrer qu’il y a des échanges possibles entre les genres, les époques, les expériences. Le livre s’envisage alors comme un moyen de communication privilégié.

Finalement, la littérature touche les adolescents par le biais de ses concurrents que sont le cinéma, la télévision, la musique: la diffusion du film Le seigneur des Anneaux a relancé les ventes de l’ouvrage chez les 15-17 ans, la comédie musicale Roméo et Juliette a introduit Shakespeare dans les collèges... En ce sens, les jeunes considèrent le livre plus comme un support culturel parmi d’autres que comme un instrument de lecture.


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