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Les jeunes face aux livres



Le pouvoir de l’image

Pour le petit enfant, lire revient à regarder et interpréter des images, souvent en compagnie d’un adulte qui raconte l’histoire correspondante. Nous avons presque tous pénétré l’univers de l’écrit grâce aux contes de fées et albums illustrés.
À l’origine, l’image demeure indissociable de la lecture. Or, à partir du CP, cette dernière apparaît souvent comme la « connaissance suprême » qui permet de se passer des dessins. La pression est mise sur les jeunes pour qu’ils oublient l’image et se concentrent exclusivement sur le texte. Nous avons hâte de les voir feuilleter des pages pleines de mots, sans aucune fioriture ou distraction. Quel choc pour eux, obligés désormais de voir tout à travers le noir de l’encre! L’activité ludique et agréable qu’était la lecture devient un exercice triste et austère.
N’allons donc pas trop vite. L’image n’a rien d’infantilisant ou de bêtifiant. Elle crée d’une part du plaisir (harmonie des couleurs, humour des formes), d’autre part de la réflexion (en dit-elle plus ou moins que le texte?). Elle rassure, renseigne, aide à imaginer. Les enfants en ont besoin, même s’ils lisent très bien sans. D’ailleurs, plus ils avancent dans leurs apprentissages, plus ils aiment relire leurs vieux albums de bébés. Ils ne régressent pas; ils veulent se sentir évoluer, découvrir, apprivoiser l’écrit.
C’est pourquoi ils apprécient la nouvelle littérature « jeunesse » mêlant images, textes, typographies différentes... Ils privilégient les collections fondées sur une riche iconographie: albums, histoires dessinées, classiques actualisés. Cette attirance pour la forme, que certains qualifient de « zapping littéraire », s’apparente à un véritable art de lire. La couverture, le marque-page intégré, la qualité du papier ou la taille des caractères les guident dans leurs choix. Attitude peut-être futile mais pas inutile, comme le révèle ce petit test très instructif que réalise à chaque rentrée depuis cinq ans un professeur de Français dans ses classes de troisième. Il leur propose de lire soit les 140 pages de l’édition complète de Dom Juan avec photos et récits additionnels, soit son résumé tout simple de 3 pages photocopiées. Et ils préfèrent toujours la version intégrale!
En d’autres termes, l’image fait passer la pilule, aplanit les difficultés, incite à lire. Les jeunes ne s’en tiennent jamais au texte seul; ils s’intéressent aux paratextes (préfaces, critiques, notes, définitions, glossaires, biographies...) ainsi qu’aux « représentations » (illustrations, reproductions de tableaux, portraits des auteurs...). Ils saisissent toutes les correspondances pour mieux assimiler. Leur lecture se révèle polyvalente, faisant alterner déchiffrage d’écrits et décryptage d’images; elle consiste en un décodage de tous les graphismes!

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