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Les jeunes face aux livres



Quand la peur engendre la connaissance

Les enfants sont friands de romans policiers ou à suspense. Magie, fantastique et mystère : voilà le trio gagnant de nos chères têtes blondes! Les héros préférés des 12-13 ans sont des détectives; les grandes figures (Hercule Poirot, Sherlock Holmes, le Club des Cinq) côtoient les nouveaux venus (le Poulpe, Benjamin Lampion, Mehdi). Les adolescents de 14 à 17 ans achètent en priorité des ouvrages dont le titre contient au moins l’un des cinq termes suivants: meurtre, crime, amour, vengeance, étrange. Ils affectionnent les personnages de psychopathes, tueurs en série, vampires, sorcières et autres monstres. Ils recherchent des intrigues aussi passionnées que passionnantes. Dans leur esprit, la passion se confond avec le sang, les assassinats, les menaces, les disparitions/apparitions...
N’interprétons pas systématiquement cette attirance comme une manifestation de tendances morbides ou une prédisposition à la violence. Les jeunes souhaitent des lectures qui leur permettent de jouer à se faire peur. Bien peu s’intéressent au réalisme des situations; d’où le succès de la science-fiction et des nouvelles d’anticipation. Dès que lire procure des « sensations », le plaisir est au rendez-vous.
Le livre incarne en ce sens un exutoire sécurisant: les enfants l’ouvrent et le ferment selon leur bon vouloir. En transférant dans la fiction écrite leurs angoisses quotidiennes (appréhension de la mort, interrogation sur le sens de la vie, peines de cœur, stress...), ils parviennent à les contrôler. Ils sollicitent une crainte dont ils gardent la maîtrise. Ils lui donnent un aspect concret pour mieux la surmonter. Ils s’identifient à un personnage, participent à son aventure, se heurtent en toute quiétude à des adversaires inoffensifs, bref parviennent à vaincre leurs démons. L’engouement pour la littérature d’énigme découle par conséquent d’un besoin de savoir. L’accès à la connaissance de soi par les livres est réjouissant.
Les polars et romans « noirs » constituent l’étape qui fait prendre conscience aux jeunes que toute lecture se présente à la manière d’une (en)quête. Aller au-delà suppose une maturité qui évolue avec le temps et ne se manifeste pas au même moment selon les individus. Un écolier, lecteur insatiable en primaire, peut se transformer en un adolescent non-lecteur au lycée. Et rien n’empêche celui qui se contente du minimum scolaire au collège de se découvrir ultérieurement une vocation livresque! Lire devient intéressant dans la mesure où il y a une expérience immédiate à en tirer: un frisson, des rires, des larmes, un apprentissage, une révélation... La réalité doit constamment renvoyer à l’imaginaire et inversement.
Au total, les jeunes choisissent leurs lectures en fonction d’une utilité précise. Ils s’efforcent de lire les classiques (qu’ils critiquent plus par principe que par conviction) pour obtenir de bonnes notes à l’école. Ils dévorent le programme télé parce qu’il faut « suivre les événements ». Ils s’entichent d’ouvrages divers sur telle ou telle question parce qu’ils veulent en savoir davantage.
L’opportunisme les guide. À nous de le canaliser pour élargir leur champ littéraire! Une adolescente vit un chagrin d’amour, conseillons-lui Freud et Baudelaire; un lycéen s’interroge sur le racisme, recommandons-lui Diderot et la presse écrite; notre enfant ne sait pas ce que tel ou tel mot signifie, renvoyons-le au dictionnaire... Acceptons les livres pour ce qu’ils sont, des moyens d’expression et non de sélection. Faisons davantage confiance aux jeunes qui, d’après les statistiques, lisent deux fois plus que leurs parents!

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