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Savoir et pouvoir dire « non »
Dire non, c’est s’opposer. L’enfant apprend très tôt à dire non. Il découvre alors avec plaisir que ce simple mot a une énorme puissance puisqu’il provoque des réactions, notamment de la part de ses parents.
Mais il comprend par la suite que contester, c’est risquer de se faire mal voir. Et à l’âge adulte, nombre de personnes, dont nous faisons souvent partie en tant que parents, ne savent plus dire non tant à leur enfant qu’à leur entourage. Comment en sommes-nous arrivés là? Est-ce bien ou mal? Quelles en sont les conséquences? Que tous ceux et celles qui ne savent pas dire non commencent par se demander pourquoi ils ne peuvent pas prononcer ce mot.
Pourquoi nous disons OUI
Dire oui, revient à faire preuve d’une grande gentillesse. Nous nous offrons en répondant positivement à la moindre demande. C’est généralement le résultat de notre éducation et d’un certain sens des valeurs: faire plaisir, être toujours disponible pour les autres, se rendre utile… Cela part d’un bon sentiment, d’une volonté de partage, de reconnaissance…
Néanmoins, dire oui s’interprète parfois comme une forme de faiblesse, quand nous ne parvenons pas à exprimer notre refus, à nous opposer… En effet, il nous arrive souvent de dire oui à contre cœur, pour faire plaisir sans en éprouver en retour, pour ne pas passer pour un(e) « emmerdeur (se) ». Dans ce cas, cela devient une corvée, une obligation qui nous pèse…
Nous disons aussi oui comme nous aurions pu dire non, faute d’y avoir réfléchi, simplement pour nous débarrasser d’un problème ou parce que la personne à qui nous répondons a formulé sa requête gentiment. Rien ne nous garantit cependant que cette personne nous aidera lorsque nous lui demanderons un service à notre tour. Manque de reconnaissance sa part? À moins qu’elle sache dire non sans scrupule, elle! Le plus stupide reste que nous souffrons de son refus, en ressassant cette attitude dans notre tête, en nous disant que la prochaine fois nous refuserons de la même manière. Finalement nous nous résignons pour ne pas perdre son amitié ou son amour, particulièrement quand s’il s’agit de nos enfants. Quel parent n’a jamais baissé les bras face à son fils ou sa fille lui répondant: « non, j’ai pas le temps de t’aider, j’ai autre chose à faire (télévision, puzzle, téléphoner à un copain…) »? À force d’accepter les refus de notre progéniture, donc de leur dire oui à tout parce que « nous n’allons pas nous prendre la tête pour ça », nous finissons par tout faire nousmêmes. De plus, cela paraît normal. Nos enfants sont là pour s’amuser et nous leurs parents pour ranger. Ces derniers ne nous en sont pas reconnaissants pour autant. À la limite, ils pourront nous trouver plutôt « cool » par rapport aux parents des copains mais n’auront jamais l’idée de nous donner un coup de main sans que nous soyons obligés de les solliciter.
Le pire, peut-être, c’est lorsque nous leur inventons des excuses pour céder à leurs caprices. Ils veulent des bonbons, un pull hors de prix... nous les satisfaisons en songeant: « Oh! Il a été gentil, il a eu de bonnes notes », « A son âge, j’ai beaucoup souffert de ce que mes parents refusaient de m’acheter ce que je voulais »…
Voilà comment nous nous enfermons dans le oui sans nous en rendre compte. À ce stade, si soudain nous disons « non », nos enfants, notre conjoint, nos amis et nos collègues nous regardent avec des yeux exorbités, l’air de dire « mais qu’est ce qu’il lui arrive, pourquoi il (ou elle) se met à dire non! ». Si nous nous emportons le jour où la coupe est pleine « j’en ai marre de servir de boniche à toute la famille! », nos proches nous proposent généreusement une semaine de vacances (voire un séjour en hôpital psychiatrique…) car 79 ils nous imaginent au bord de la crise de nerf. Et si pendant un temps, ils se mettent à nous aider, ne doutons pas que les bonnes vieilles habitudes réapparaîtront bien vite…