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Les classiques de la littérature française



Du « classique » au goût de lire

Justement, pendant les congés, le temps est à l’exploration, à la recherche, à l’interrogation. Les jeunes sont libres de commencer un roman de Stendhal, de l’abandonner au profit d’une pièce de Marivaux, qu’ils laisseront tomber pour se plonger dans un polar de Simenon. Inutile de sélectionner les titres à leur place, de les forcer à terminer, de les obliger à s’arrêter sur les mots inconnus, de leur réclamer de résumer chaque chapitre, comme ils font en classe. Au contraire, qu’ils se perdent un peu, loin du programme et des consignes. Ils sont même surprenants quand ils se passionnent en août pour la poésie hermétique de Michaux ou le théâtre absurde de Tardieu alors qu’ils ont passé l’année à soupirer sur le truculent Pennac, pourtant fervent défenseur de leur liberté, avec ses célèbres « 10 droits imprescriptibles du lecteur ».

Il ne s’agit pas ici d’analyser les œuvres mais de les ressentir, d’en tirer une expérience personnelle. Ainsi se constitue une vraie culture, à la fois individuelle et collective. Car les jeunes reconnaissent l’intérêt d’avoir des références, des repères, un patrimoine commun. Ils savent que le langage a évolué depuis le XVIe siècle. Ils admettent que les thèmes romanesques (amour, argent, rivalités familiales ou sociales) restent d’actualité.

Ce qui les gêne, c’est l’impression voire la conviction que les classiques relèvent du seul domaine scolaire et de l’autorité « suprême » de l’enseignant. En outre, l’école leur apporte une vision très réductrice, la plupart des livres étant morcelés et les extraits sélectionnés en fonction d’un objectif pédagogique: Balzac incarne un modèle de narration-description, Molière se réduit à un producteur d’effets comiques, Verlaine devient un spécialiste de la métaphore. D’où un pseudo-rejet de principe. N’est-il pas significatif de voir l’engouement des 12-15 ans pour Stephen King s’essouffler depuis qu’il se situe en bonne place dans les bibliographies des instructions officielles? Qu’un auteur « étudié » (terme révélateur – on ne dit pas « lu ») en classe n’ait pas sa place dans le cœur des collégiens s’avère logique dans ces conditions. Cependant, ils ne les dédaignent pas du moment qu’ils ont l’occasion de s’y confronter seuls, sans arbitrage. Donc, laissons-leur le choix et mettons les livres à leur portée. Ce n’est pas grave s’ils ne comprennent pas tout, s’ils sautent quelques pages. C’est normal qu’ils éprouvent un décalage, qu’ils aiment un écrivain plus qu’un autre, qu’ils soient séduits ou révoltés. La rhétorique littéraire objective attendra septembre. Pour l’instant, place à la subjectivité, à la rêverie, à l’abandon…

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