» » »
Bac : le comment et l’après
Les vraies questions à poser
• À quoi sert le redoublement, sinon à entraîner les enfants dans la spirale de l’échec (2) ?
D’ailleurs, dans les pays du Nord de l’Europe où il n’existe pas, les performances des élèves en fin de secondaire se révèlent supérieures à celles des Français. Or, le passage à tout prix ne résout rien non plus. C’est qu’il manque dans le système hexagonal les aménagements appropriés qui fonctionnent en Scandinavie pour accompagner les publics en difficulté: cursus construits en étapes sur plusieurs classes, enseignements cumulables, accompagnement individualisé, tutorat. Il ne s’agit pas de refaire une année à l’identique mais de recommencer juste dans les matières qui font défaut. Cette méthode a l’avantage de ne pas nuire à la motivation, de ne pas alimenter les sentiments de « honte » ou de frustration, de ne pas dramatiser… sans pour autant occulter les lacunes à combler.
S’il était pratiqué sous cet angle en France, les jeunes ne verraient-ils pas dans le redoublement un second départ, ne progresseraient-ils pas, ne garderaient-ils pas espoir pour aller plus loin? Car les redoublants, se sentant « déjà en retard », s’autocensurent fréquemment. Ignorant leurs capacités, ils se dirigent en majorité et de plein gré vers des filières courtes.
• Le milieu d’origine est-il une fatalité ?
Il est vrai qu’une forme d’« endogamie » semble condamner les enfants, coincés dans un ascenseur social en panne: les « fils de profs » seront profs, les « fils d’ouvriers » seront ouvriers, les « fils de chômeurs »... N’est-ce pas ce qui se passe aujourd’hui et dont chacun se plaint? Sans tomber dans cette caricature outrancière, impossible de nier que personne ne démarre dans la vie à armes égales. Il est indéniablement plus facile pour qui a grandi dans un environnement aisé de travailler dans de bonnes conditions. Être nourri et habillé correctement, avoir sa chambre, posséder le matériel indispensable et superflu (trousse, cartable, livres, ordinateur) constituent des avantages.
Toutefois, l’argent et le statut ne suffisent pas pour faire des études. La culture personnelle, la stimulation intellectuelle, la prise de conscience de son potentiel, la connaissance des filières porteuses ou des établissements adaptés comptent plus que jamais. En effet, les enfants d’enseignants ne vont-ils pas plus loin que ceux de cadres et a fortiori d’employés simplement parce que leurs parents connaissent davantage le système?
L’école ne devrait-elle pas songer à mieux informer ses élèves, à mieux communiquer avec les familles, à proposer des équipements identiques pour tous? C’est à elle de donner les moyens d’une vraie égalité des chances. Elle a déjà commencé en ouvrant des internats et des prépas à des jeunes à la fois défavorisés et « méritants ». Cependant, est-il normal qu’il n’existe toujours pas de CDI digne de ce nom dans beaucoup de lycées, que nombre d’équipes éducatives ignorent les modalités d’inscription dans certains cursus, qu’une majorité de parents se sentent démunis? Non. Et tant qu’aucun remède n’interviendra à ce stade, pas la peine d’espérer corriger l’iniquité des statistiques!