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L’anorexie comme mode de vie
«Ana, je me sens trop mal quand tu ne me soutiens pas, je me sens coupable, sale, horrible, avec toi, c’est le soleil, aide-moi, reviens ». La perfection. Le culte de la silhouette de mannequin. Ana, c’est le prénom que donne des milliers de jeunes filles à leur compagne d’infortune: l’anorexie. L’avènement d’Internet au début du siècle a participé à l’émergence d’une communauté d’abord américaine puis internationale, les pros ana, dont la défense de l’anorexie comme mode de vie est la raison d’être. Des témoignages comme celui de Barbiana, jeune fille qui exprime sur son blog son mal-être alimentaire, la Toile en héberge des centaines, reliés virtuellement par le lien hypertexte.
La nation ana-mia et ses normes
Comme toute communauté, le mouvement pro ana possède ses codes, son langage et ses signes distinctifs de reconnaissance. La « nation anamia » regroupe à 90 % des jeunes filles souffrant de troubles du comportement alimentaire (TCA), anorexie (ana) ou boulimie (mia). Sur leurs blogs défilent des « thinspo », ces photos de mannequins et starlettes décharnées qu’elles adulent pour leur maigreur. Beaucoup d’images sont retouchées afin d’accentuer l’ossature saillante. Dans la réalité, les pros ana se reconnaissent par un petit bracelet rouge qu’elles portent au poignet. Il est là pour leur rappeler leur fidélité à Ana, cette amieennemie qui s’immisce petit à petit dans leur vie et pousse ces jeunes femmes d’un régime alimentaire obsessionnel vers une maladie mortelle.
Comme Petite Lune, 15 ans, 1 mètre 50 pour 41 kg en septembre 2007. Sur son blog, elle écrit qu’elle souhaite atteindre les 36 kilos. En avril 2008, elle décrit ce qu’elle est devenue: « Je ne suis plus une gentille petite fille, qui est normale physiquement, mais qui se trouve grosse. Une petite conne qui veut faire un régime pour être belle et qui sait qu’elle saura s’arrêter, garder le contrôle. Je suis boulimique-anorexique. Après une phase de déni et d’incompréhension, j’ai ouvert les yeux. Au fond. On ne voit pas grand-chose au fond d’un gouffre, malheureusement ».