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La parole, la meilleure arme contre le secret
La honte et le traumatisme
Deux types de situations peuvent générer le secret : l’exposition à un événement qui provoque la honte et la culpabilité, et un vécu traumatisant tellement douloureux qu’on ne peut pas en parler ni le penser. Trop gênante, on fait disparaître cette part du réel comme si elle n’avait jamais existé.
Les événements à l’origine du secret sont très nombreux. Ils touchent aux sujets – encore – tabous, tels que le sexe (hors mariage, homosexualité, inceste…), la mort (meurtre, avortement, infanticides…), l’illégitimité (origine inconnue, naissance avant le mariage…), l’argent (dettes, escroqueries, héritages frauduleux…) et la maladie (désordres psychologiques, maladies sexuellement transmissibles…). Ils n’ont pas tous la même gravité mais ils exposent, d’une manière ou d’une autre, l’individu au jugement des autres. Le secret est une question de survie, de peur, de temps aussi. On pare au plus pressé pour se protéger et se débarrasser d’une réalité encombrante ou douloureuse.
« Quelque chose à taire »
« Pour que l’on puisse parler de secret, il faut que ce qui n’est pas dit fonctionne comme quelque chose à taire », affirme Serge Tisseron, psychanalyste spécialiste du sujet. On ne dit pas, pire, on étouffe. Les effets secondaires sont alors visibles sur la famille : le secret dénature et fige les relations, installe une atmosphère lourde. On joue un rôle, on met un masque, on surveille en permanence. Tout dépend de la gravité, qui réside dans « l’importance du secret, mais aussi dans l’insistance mise en œuvre pour le préserver », considère le psychanalyste Gilbert Maurey dans Secret, secrets(Éds. De Boeck université, 1998). Le secret en entraîne d’autres et se répète de génération en génération comme des poupées russes, ou matriochkas. Naïves en apparence, elles cachent en elles un secret qui se perpétue. Un peu comme elles, ses effets se déclinent au bout de trois, quatre générations, au terme desquelles ils disparaissent finalement. Pourtant de tels dégâts peuvent être évités dès le départ.