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Marie Desplechin -« On entassait les galets, on cueillait les mûres par poignées »
Chaud et froid en même temps
Mes plus belles vacances ? J’avais 11 ans. Nous étions dans les Alpes de Hautes Provence chez un ami de mon père, sa femme et ses deux filles. On jouait dans les torrents : c’était chaud et froid en même temps… On entassait les galets, on cueillait les mûres par poignées, l’eau coulait à flot. Les villages étaient écrasés de lumière, je trouvais les couleurs ocre très sensuelles. Moi qui n’ai connu que la ville, la nature me semblait incroyablement généreuse. C’était un conte de fée. C’est l’année où mon père m’a lu Histoire d’Angleterre d’André Mauroy et James et la pêche géantede Roald Dahl. J’avais adoré.
Elle a beaucoup pleuré
J’avais 15-16 ans et je n’avais qu’une envie : aller au camping et danser en boîte. Mais pour mes parents, c’était le comble de la vulgarité. J’aurais certainement adoré partir avec des amis de mon âge mais il semblait couler de source que, chez nous, les vacances, c’était en famille. J’ai passé mon bac à 17 ans. Cette année-là, ma mère a beaucoup pleuré parce que j’avais décidé de rejoindre mon petit ami à Toulouse. J’ai passé un bel été avec lui même si j’étais nerveuse ! Mes parents ont acheté une maison près de Cahors peu de temps après. Mes enfants y ont des souvenirs. Pour moi, je n’ai aucun désir d’avoir une maison à la campagne ; l’idée de revenir toujours au même endroit me déplaît.
Des souvenirs de vacances différents
Mes enfants ont 12, 22 et 24 ans. Avec les deux aînés, nous n’avons pas beaucoup de souvenirs de vacances en commun car ils sont beaucoup partis avec leur père, dont je suis séparée. Ainsi, j’ai passé récemment une journée avec ma fille à Aix-en-Provence, et alors que j’ai beaucoup de souvenirs de vacances dans cette région, j’ai réalisé que je n’en avais aucun avec elle.
Tout le monde devrait se faire humilier
J’avais 16 ans quand j’ai commencé à travailler l’été. J’ai d’abord été femme de ménage dans une clinique. J’ai appris à me faire « engueuler », à recevoir des ordres, à me faire rabaisser. Quand tu es en bas de l’échelle, tu es invisible. Ça a des avantages et des inconvénients. Mes collègues étaient rigolotes, mais je n’étais pas aussi forte qu’elles.
Le jour où un jeune découvre la violence des rapports humains dans l’entreprise, sa vie n’est plus la même. Chacun devrait se faire humilier au moins une fois pour comprendre. Et il y a toujours quelqu’un pour te rappeler ton rang social, où que tu ailles.