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Les SES passées à la moulinette
Un programme trop large, trop creux
Vaste programme, donc, que cet enseignement de la matière économique au lycée. Roger Guesnerie, économiste et professeur au Collège de France a été nommé président de la Commission chargée d’évaluer la qualité des SES au lycée par le ministre de l’Éducation nationale Xavier Darcos. Le but recherché : donner « une forte identité » à la filière ES « afin de l’éloigner définitivement du risque d’un statut de filière intermédiaire pour élèves moyens ». Premier constat : les programmes de première et terminale sont trop chargés. À force de vouloir trop en faire, on reste à la surface des choses, « la bonne maîtrise des fondamentaux s’efface alors au profit d’une approche nécessairement superficielle d’un vaste ensemble de débats d’actualité », énonce la Commission. En clair, c’est bien joli de vouloir débattre sur les enjeux de la mondialisation, mais faudrait-il encore étudier en amont les ressorts du commerce international. Moins glamour comme débat, certes, mais essentiel.
La mondialisation, c’est mal
Outre cet « encyclopédisme des programmes »qui tend à vouloir ingurgiter un maximum de notions en un minimum de temps, l’enseignement des sciences économiques et sociales joue le jeu de la sinistrose nationale et du pessimisme qui collent à la peau des Français. La commission Guesnerie dénonce un enseignement axé bien plus sur les échecs du monde de l’entreprise que sur le progrès social. Le programme laisserait volontiers de côté l’élévation du niveau de vie au profit d’une étude sur le chômage. Ici se greffe une deuxième critique de l’enseignement des SES. Favoriser l’étude de ce type de notions peut engendrer chez l’adolescent une réflexion négative à l’égard du monde économique et de son fonctionnement. Qui plus est, sans les connaissances de base, « il est difficile d’aborder les grands thèmes de l’actualité économique et sociale sans risquer que, chez des élèves de 15-16 ans, des préjugés, des considérations émotionnelles, liées à leur histoire personnelle, ou à l’activité médiatique donnée à tel ou tel fait récent, l’emportent sur des arguments objectifs et construits ». Les sciences économiques et sociales ne sont pas assez objectives, telle est la polémique qui agite le monde éducatif depuis des lustres.
Là où la Commission Guesnerie évoque à demi-mot le risque d’un enseignement économique orienté politiquement, l’Académie des sciences morales et politiques met plus clairement les pieds dans le plat : « La lecture des manuels ne fait malheureusement, pour l’essentiel, que confirmer le pessimisme né à la lecture des programmes, malgré un souci louable d’attractivité. S’y ajoutent, toutefois, des critiques spécifiques, liées avant tout à l’étonnante méconnaissance de la science économique contemporaine qui s’y manifeste, sans qu’il soit possible de dire si cette méconnaissance provient uniquement d’un respect trop littéral des indications du programme, ou résulte aussi d’un parti pris explicite […]. Le choix des textes paraît souvent relever de présupposés que l’on a du mal à ne pas qualifier d’idéologiques ».