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La faute au public ?
Privé : psychologique mais qualitatif
On peut reprocher à l’enseignement privé d’encourager un comportement marchand et élitiste. Si les parents sont libres de choisir, ce sont bien souvent les écoles privées qui choisissent leurs élèves. Le système d’une école réputée mais très sélective peut se retourner contre certains élèves aux résultats fragiles, contraints à la sortie de l’établissement avant les examens. Plutôt que de les accompagner, l’école préférerait écrémer. En 2004, une étude de la Direction de l'évaluation et de la prospective (Dep) démontrait que les chances de réussite dépendaient beaucoup plus des caractéristiques personnelles (retard scolaire, origine sociale, sexe) que du secteur de scolarisation. Les parents ont fait un autre constat: le privé est aujourd'hui associé aux notions d'expertise – exigence accrue, suivi personnalisé, adaptation – et de réussite. Et plus on vise l'excellence, plus l'enseignement sous contrat offre l’assurance d’une voie dorée. L’avantage n’est-il pas psychologique dans la mesure où les écoles privées sous contrat suivent les directives de l’Éducation nationale ? Pas seulement : les établissements sous contrat expérimentent aussi des pratiques pédagogiques spécifiques très efficaces.
Concurrents ou même combat ?
A priori, rien ne laisse présager une entente cordiale, surtout depuis les manifestations massives en faveur de l'école privée (en 1984) et de l'école publique (1994). Depuis 2005, l’article 89 de la loi de décentralisation du 13 août 2004 relative aux libertés et responsabilités locales « impose aux communes de contribuer aux frais de scolarité des élèves qui résident sur leur territoire et sont inscrits dans une école privée située sur une autre commune ». « Il existe toujours plus de 500 communes sans école publique », a expliqué fin août Caroline Fourest, essayiste et journaliste française (1). La concurrence gronde-t-elle ? Selon Eddy Khaldi et Muriel Fitoussi, les auteurs de Main basse sur l'école publique sorti fin août, oui. Ils dénoncent la privatisation de l'Éducation nationale aménagée par son ministre à travers une série de mesures éclairs : suppression de la carte scolaire et de postes d'enseignants, évaluation publique des enseignants et des établissements, instauration du service minimum notamment. Cette logique libérale, selon les auteurs du livre, mettrait en danger de mort l’éducation gratuite et laïque. En exemple les auteurs citent une mesure à peine annoncée, le chèque éducation, qui permet de financer directement l’école de son choix. Pourtant, les partenariats privé-public se multiplient, et les élèves y trouvent leur compte : qualité des contenus, reconnaissance sur le marché du travail. Avec les « contrats d’association » entre l’État et les écoles privées, celles-ci sont associées à la politique de l’Éducation nationale. Choix religieux ou consumériste ? Quels que soient leurs critères, les parents veulent que leurs enfants réussissent. Des sociologues (2) affirmaient en 1997 qu’ « en définitive, le secteur privé pratique un recrutement moins démocratique que le secteur public, mais il a un fonctionnement plus démocratique ».
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(1) Dans l’article du Monde « On achève bien l'école publique » daté du 29 août 2008.
(2) Le Choix des familles. École publique ou école privée ?, eds. Fabert, 1997.