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L’école, terreau fertile pour les inégalités
« Fils de », un indicateur qui compte
« Les fils de cadres et d’enseignants ont plus de chances d’intégrer une grande école que les enfants issus des milieux populaires », affirment sans détour Valérie Albouy et Thomas Wanecq dans Les Inégalités sociales d’accès aux grandes écoles (Économie et Statistiquen° 361, 2003). En 1997, selon l’Éducation nationale, 67,5 % des enfants d’ouvriers non qualifiés arrivent à l’âge normal ou en avance en CE2, contre 97,4 % des enfants d’enseignants. Au lycée, 91 % des enfants d’enseignants ont leur bac, 88 % des enfants de cadres, 50 % des enfants d’ouvriers. 38,3 % des doctorants sont fils de cadres supérieurs et de professions libérales, contre seulement 11,6 % de fils d’employés et d’ouvriers. Le milieu et le niveau socio-intellectuel de la famille est désormais un nouvel indicateur d’inégalités pouvant exister au sein de l’école.
Bonnets d’ânes de la Nation
Les inégalités sociales observées hors enceinte de l’établissement scolaire rejaillissent sur les enfants qui, eux, n’y sont pour rien dans le choix de vie socioprofessionnel de leurs parents. Sombre injustice. Pour autant, ils l’acceptent comme un état de fait, au point d’en faire une fatalité qui les dessert. Les élèves qui réussissent sont ceux qui sont sûrs de leur fait et de leur place dans le système éducatif. Ainsi, sur les élèves de troisième ayant obtenu une note au contrôle continu entre 9 et 12, 94 % des enfants de cadres contre 67 % des enfants d’ouvriers demandent une orientation vers le second cycle général et technologique en lycée. Ces chiffres, communiqués sans fard par le ministère de l’Éducation nationale, démontrent le manque de confiance qui handicape profondément les enfants issus de basses catégories socioprofessionnelles. Convaincus d’être mauvais en classe, ils n’osent pas autre chose que la voie professionnelle, d’où un terrible malentendu sur les raisons qui doivent pousser les élèves dans cette direction, choisie par dépit plus que par envie. Cette conviction de faire partie des bonnets d’âne de la Nation va orienter inconsciemment ces enfants, d’autant plus s’ils habitent dans des zones défavorisées ou ont été scolarisés en Zone d’éducation prioritaire (Zep). Pourquoi ne sontils pas plus nombreux à tenter les concours d’entrée aux grandes écoles ou à peupler les bancs des filières maîtres ? Tout simplement parce qu’ils n’y pensent pas. Outre une autoorientation que les enfants d’ouvriers et d’employés fondent sur l’émotion (« je suis trop nul pour aller en générale ») plutôt que sur leurs compétences (que l’on sache, une note entre 9 et 12 est une note moyenne, pas basse), les professeurs eux aussi jouent parfois le jeu des inégalités sociales en accréditant une politique d’orientation rodée par des critères socioprofessionnels injustes. Certains d’entre eux intègrent l’appui familial comme vecteur d’orientation : l’enfant sera-t-il suffisamment soutenu (moralement, financièrement) ou pas ? Encore un moyen de dénigrer les filières professionnelles, considérées à tort comme moins difficiles que les autres. Ainsi, ils sont 29 % d’enfants d’ouvriers à obtenir un CAP ou un BEP, contre seulement 5 % d’enfants de cadres et d’enseignants. Le verdict du Haut conseil de l’éducation (HCE), rendu dans le Bilan 2008 des résultats de l’école, est implacable : « L’institution scolaire a encore des progrès à faire pour que les décisions d’orientation encouragent, lorsqu’elles sont légitimes, les ambitions des milieux les moins favorisés, les moins diplômés, et aussi les moins informés ».