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L’école, terreau fertile pour les inégalités





Enrayer la machine infernale des inégalités


Depuis une trentaine d’années, les différents ministres ont tenté de mettre en place des politiques éducatives efficaces pour enrayer la machine infernale des inégalités sociales à l’école. Las ! Dans le lot, il y avait pourtant des initiatives intéressantes, des idées originales et porteuses de solutions. Les Zep, précurseurs, ont été lancées par Alain Savary en 1982 pour aider au développement des établissements en mal de réussite. 25 ans après, les Zep ne sont plus, dans l’esprit collectif, des établissements, mais bien des ghettos géographiques enclavés. On n’étudie pas seulement en Zep, on y habite et on y vit. L’aide apportée à ces collèges et lycées, profitable si elle avait été de courte durée, s’est transformée en argent de poche renouvelé année après année. Les Zep ne véhiculent plus l’image de tremplin vers l’avenir, mais celle, bien réelle, de panier percé, où l’État épanche sa conscience civique.
Autre temps, autres mœurs, autre conséquence. On a laissé les Zep prendre la poussière. L’Institut d’études politiques (IEP, dit Sciences Po’) de Paris a à son tour connu la stigmatisation puis l’isolement pour sa politique éducative audacieuse. En 2001, Richard Descoings, actuel directeur de Sciences Po Paris, cherche à élargir le champ de vision des élèves issus de milieux socioprofessionnels défavorisés, à les aider à faire leur trou, en créant pour eux une voie d’accès à l’IEP. En Zep, on donnait aux élèves les moyens de s’adapter au système scolaire ; avec la politique de discrimination positive orchestrée par Richard Descoings, c’est l’une des plus grandes écoles de France qui s’adapte aux élèves, en ouvrant une nouvelle procédure d’accès à la première année de Sciences Po pour les lycéens d’établissements classés en Zep ou faisant partie du réseau d’éducation prioritaire. C’était il y a 8 ans. L’affaire a été vilipendée, Richard Descoings cloué au pilori.



Une enveloppe de 77 milliards d’euros


De 1975 à 2002, la dépense pour l’éducation allouée par le ministère a été multipliée par sept. Les professeurs, les élèves, tous déplorent souvent le manque de moyens, alors que la France est l’un des pays européens dont le budget à l’éducation est le plus fort. « Les dépenses d’éducation publiques et privées pour l’ensemble des niveaux d’éducation représentent pour la France 6,3 % du PIB, soit un chiffre plus élevé que la moyenne des pays de l'OCDE », explique l’enquête Regards sur l’éducation menée en 2006 par l’Organisation de coopération et de développement économiques dans tous ces pays membres. En 2007, dans le cadre du plan sur l’égalité des chances, le budget du ministère a été évalué à 77 milliards d’euros, soit une hausse de 1,32 % pour l’enseignement scolaire et 5 % pour l’enseignement supérieur et pour la recherche par rapport à 2006. Où va l’argent ? Dans le portemonnaie des Classes préparatoires aux grandes écoles (CPGE). Chaque année, l’État investit en gros 6 500 euros pour chaque étudiant d’université, et plus du double pour un élève de prépa. Licences professionnalisantes, écoles de la deuxième chance, apprentissage junior à 14 ans, suppression de la carte scolaire… Toutes ces mesures, plus ou moins réussies, montrent à quel point la situation est inquiétante. Les inégalités sociales à l’école sont plus présentes que jamais. Néanmoins, ces efforts de réflexion montrent que l’État réagit, bon an mal an, à la situation. L’école est malade, certes, mais la société l’est tout autant. Après son passage au ministère de l’Éducation nationale en 2003, Jack Lang a publié Une école élitaire pour tous (Gallimard), dans lequel il porte l’estocade finale : « Il est inhumain et absurde de demander à l’école et à elle seule de répondre à toutes les inégalités de la société. Le premier des ministères devrait être le ministère de l’Égalité républicaine et de la Mixité sociale ».

 
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