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L’école, terreau fertile pour les inégalités
Historiquement républicaine et laïque, l’école a pour vocation d’instruire avec égalité tous les enfants. Malgré les différentes politiques éducatives menées ces vingt dernières années, la réalité sociale a rattrapé ce bel idéal.
« Il ne s’agit pas d’embrasser tout ce qu’il est possible de savoir, mais de bien apprendre ce qu’il n’est pas permis d’ignorer ». Avec cette définition, Jules Ferry affirme en 1882 le principe d’école laïque et gratuite pour tous, sans distinction de classe. Plus d’un siècle après, on clame encore haut et fort que le système éducatif à la française est l’un des meilleurs au monde car l’un des plus démocratique. Une fierté nationale, au même titre que notre système de santé. Pourquoi, alors, s’interroger sur les inégalités sociales existantes dans le cadre scolaire ? Parce qu’au XXIe siècle, ce sont les diplômes et le niveau de qualification obtenus qui déterminent pour beaucoup la future position sociale de nos enfants.
Dans La Fabrique des meilleurs (Seuil, 2005), Patrick Fauconnier, journaliste au Nouvel Observateur et fondateur du magazine Challenges, explique l’existence d’inégalités sociales à l’école par l’histoire et la culture philosophique adoptées par la France, plus tournée vers le culte du savoir que celui du savoir-faire. Marqué par la philosophie platonicienne, l’État fait plus confiance aux théoriciens qu’aux praticiens : les meilleures voies pour se rapprocher des arcanes du pouvoir sont celles des dialecticiens de l’École nationale d’administration (Ena) et des théoriciens de Polytechnique. Les autres formes d’intelligence plus pragmatiques, telles le commerce ou l’artisanat, s’en trouvent bridées, voire dénigrées. Cette distinction culturelle entre les savoirs expliquerait deux choses : d’une part, l’absence de notions d’économie et de gestion dans le tronc commun du programme de secondaire – une lacune qui, plus tard, se transformera souvent en mépris du patron et de l’entreprise ; d’autre part, le dénigrement affiché pour toutes les voies professionnalisantes où le savoir manuel prime sur le théorique. Les BEP et CAP sont encore perçus comme des voies de garage par certains parents, enseignants et enfants.
Ce culte du savoir et de la théorie a amené le système français à développer une éducation à double vitesse : ceux qui réussissent les concours et ceux qui échouent. Le principe des concours repose sur le mérite : tu travailles, tu réussis. Une logique saine. Problème, cela engendre un esprit de compétition tel que la connaissance et la motivation seules ne suffisent pas. Aux États- Unis, « la volonté a autant d’importance que l’intelligence », explique Patrick Fauconnier. Pas en France. L’argent et la position sociale entrent en compte comme facteurs de réussite, et de fait, accroissent les inégalités entre les candidats aux meilleurs postes.