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Joyeux anniversaire, le bac !
La démocratisation en marche
Le XXe siècle débute dans un grand frou-frou de tissus aux couleurs osées, de liberté de ton et de mœurs. L’école gratuite s’installe comme un fait acquis. Comme Marcel Pagnol, un lycéen sur dix réussit l’examen des bourses, démocratisation s’il en est des études secondaires qui mènent au bac. Détail : si l’enseignement du primaire a bien été décrété gratuit par Jules Ferry, les lycées et collèges ne le deviennent pas avant la fin des années 20. Cette mesure, ainsi que l’alignement des programmes de l’enseignement secondaire féminin et masculin, fait encore grimper les statistiques, en particulier celui des candidates, jusque-là peu nombreuses. Les changements formels du bac se succèdent à tâtons durant les trente années suivantes : développement de la filière classique en 1946, apparition d’une série Technique et économie en 1953, création d’un examen probatoire à la fin de la classe de première en 1963, puis sa suppression en 1965. 1968 fait aussi sa révolution dans le monde éducatif, et permet l’instauration de toutes nouvelles séries d’épreuves : A - philosophie- lettres, B - économique et social, C - mathématiques et sciences physiques, D - mathématiques et sciences de la nature, E - mathématiques et technique. Cette année-là, 80 % des lycéens de terminale obtiennent leur bac, contre 60 % l’année d’avant. À titre exceptionnel, l'examen ne comporte que des épreuves orales obligatoires auxquelles s'ajoutent des épreuves facultatives qu’on imagine facilement désertées par les étudiants massés dans la rue. 1968 est aussi l’année de la création du baccalauréat technologique, suivi par le baccalauréat professionnel en 1985. Les derniers chamboulements qu’a connus le bac datent de 1993, avec la création des nouvelles séries L, S et ES du baccalauréat général et les séries STI, STL, SMS et STT pour le bac techno, encore réformées quelques années après. Aujourd’hui, c’est la filière professionnelle qui passe à la moulinette de la modernité.
Mlle Daubié, ou la réussite au féminin
On l’appelait tantôt Julie, tantôt Victoire, mais rarement par son nom composé. Enseignante, journaliste reconnue, Julie- Victoire Daubié est la première femme à obtenir son baccalauréat, en 1861.
Issue de la petite bourgeoisie catholique de Fontenoy-le- Château, la jeune femme a dû batailler ferme pour obtenir le droit de passer cet examen réservé aux hommes alors qu’aucun texte de loi ne justifiait ce machisme académique. Brillante, elle remporte en 1859, à peine âgée de 35 ans, le premier prix de l’Académie impériale des sciences belles-lettres et art de Lyon pour son essai sur La femme pauvre au XIXe siècle. Forte de ce succès et grâce à des alliés haut placés, elle est admise à passer l’examen du baccalauréat, qu’elle réussit le 16 août 1861, à Lyon. Verdict : 6 boules rouges, 3 boules blanches, 1 boule noire. Mais Julie- Victoire n’est pas au bout de ses peines. L’obtention physique de son diplôme nécessite une campagne médiatique en sa faveur et une intervention pressante auprès de l’entourage de l’impératrice Eugénie, l’épouse de Napoléon III. Enfin diplômée, elle peut alors savourer la possibilité de continuer des études supérieures, doublée d’une belle reconnaissance pour ses travaux sur la condition féminine : une distinction lors de l’exposition universelle de Paris de 1867.