La SCOLARITÉ » L'ACTUALITÉ » LES ENTRETIENS
Pierre Madiot, professeur de français à la retraite :« L’école doit prendre les parents au sérieux »

Pierre Madiotprofesseur de français à la retraite, a conduit l’ouvrage collectif L’école expliquée aux parents (et aux autres) (Stock, 2008). Il donne son sentiment sur les difficultés auxquelles font face les parents d’un enfant scolarisé. ,



  Dans
votre dernier ouvrage, vous passez l’école au crible et analysez l’histoire
de l’Éducation nationale. Quel apport pour les parents ?



 



Les familles à la recherche d’un guide pratique ne trouveront dans cet ouvrage ni recettes, ni conseils sur les attitudes à avoir en tant que parent d’élève. Nous avons voulu apporter un éclairage fondé d’une part sur les recherches menées par des spécialistes, d’autre part sur le travail de terrain des contributeurs des Cahiers pédagogiques. Ce livre, c’est une façon de dire aux parents : « Vous faites partie intégrante du système éducatif, vous êtes en mesure d’en comprendre les mécanismes. Pour cela, vous devez être pris bien plus au sérieux ».

  Selon
vous, le rôle des parents dans l’éducation de leur enfant est trop pris à
la légère ?



 



C’est ce que démontre la crise que traverse l’école. Le rôle du maître est d’accompagner l’élève vers le savoir en lui faisant en quelque sorte violence. Le rôle des parents est d’accompagner l’enfant dans cette même quête, mais en l’entourant d’affection, en le protégeant. On croit encore que ces deux données sont antinomiques, alors qu’elles sont complémentaires. En opposant le parent et l’enseignant, on oppose la famille et l’école.

  Mais
les parents semblent parfois volontaire- ment en retrait de l’éducation de
leurs enfants. On parle même de « démission ».



Je ne cautionne pas ce terme. Bien entendu, certaines familles ne s’investissent pas autant qu’elles le devraient dans le système scolaire. Avec l’éclatement de la cellule familiale et l’essor d’Internet, les enfants sont parfois délaissés, un peu perdus, et les parents dépassés. Mais de dire que les familles sont démissionnaires ne fait pas avancer les choses.

  Que
faut-il faire pour que les parents s’impliquent plus facilement dans l’éducation
de leur enfant ?



Ils doivent être rééduqués à l’école. Les médias sont bénéfiques et apportent des informations éclairantes aux familles. C’est aussi du ressort de l’école. Conseil d’administration, rencontre parents-professeurs, conseil parental… Beaucoup de familles ne voient pas l’intérêt de voter pendant les instances de délégués de parents d’élèves. Pourtant, c’est par cette implication sur le terrain que se crée le lien essentiel entre famille et école.

L’implication
semble être le maître mot. Est-ce la méthode préconisée dans le lycée expérimental
de Saint-Nazaire, dont vous êtes membre fondateur ?



 



Ce lycée public, créé pour venir en aide aux élèves en rupture scolaire, s’inspire de la méthode Freinet. Le principe de l’établissement repose sur la cogestion. Les lycéens s’occupent de l’organisation matérielle du lycée et doivent s’acquitter de tâches comme la cuisine ou le secrétariat. Ils travaillent de concert avec l’équipe éducative dont ils font partie. Le but est de réfléchir ensemble à la meilleure éducation à leur donner. Être un acteur majeur du système éducatif : voilà ce que doivent être les enfants autant que leurs parents.