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Beatrice Gaultier-infirmière scolaire « Recréer le lien entre l’élève en difficulté et ses parents »
Béatrice Gaultier est secrétaire générale adjointe du syndicat des infirmières scolaires, le Snic-FSU. Elle-même exerce ce métier en Bretagne, dans un lycée public, depuis plus de 16 ans. Elle raconte à La Lettre des Parents son expérience et son rapport aux adolescents.
Quel est le rôle de l’infirmière au sein d’un établissement scolaire ?
Nous avons une spécificité : nous recueillons les problèmes que les élèves peuvent être amenés à rencontrer pendant leur scolarité. Souvent, il s’agit de contrariétés ponctuelles, sur lesquelles nous pouvons agir rapidement. Mais parfois, le problème est plus épineux que prévu et l’on découvre, en s’entretenant en profondeur avec le jeune, un mal-être dont seuls certains signes physiques sont visibles. C’est à nous de les analyser.
Vous voulez dire que le mal-être adolescent s’ex- prime à travers le corps ?
Tout à fait. À cette étape de son développement personnel, le jeune aura plus tendance à s’exprimer à travers la plainte physique que langagière. Manque de sommeil, migraine à répétition, etc… Autant de signes somatiques d’un problème qui peut être bien plus grave. Le corps est notre porte d’entrée, notre clé.
Pourquoi un élève irait se confier à l’infirmière scolaire plutôt qu’à son entourage, ses amis, voire sa famille ?
Le jeune parvient sans mal à identifier l’infirmière scolaire comme une professionnelle de la santé qui agit sous le sceau du secret médical. C’est ainsi que s’instaure la relation de confiance entre une infirmière scolaire et un élève en difficulté. Le jeune sait que jamais son secret ne sera dévoilé à sa famille ou à un tiers sans son accord. Nous sommes là pour aider les élèves mais aussi pour protéger leur intimité, si fragile à ce moment de leur vie.
Concernant la sexualité à l’adolescence, les élèves viennent-ils par eux-mêmes en parler avec l’infir- mière scolaire ?
Oui, totalement. Ils ont conscience que l’infirmière scolaire peut leur être d’une grande aide, et ce en toute discrétion. Nous pouvons les orienter vers le planning familial, leur prodiguer des conseils qu’ils ne supporteraient pas d’entendre de la bouche de leurs parents, et suivre ensemble le développement de leur autonomie dans la gestion de leur sexualité naissante.
Mais n’est-ce pas difficile pour les parents de voir leurs enfants se tourner vers une instance scolaire plutôt que vers eux ?
Les parents, malgré tous leurs efforts, échouent parfois là où le professionnel de la santé parviendra à aider le jeune. Pour autant, l’infirmière scolaire reste cantonnée dans son rôle de tiers. Nous essayons de recréer le lien entre l’élève en difficulté et ses parents, en donnant un point de vue extérieur parfois salvateur. Beaucoup de parents viennent ainsi solliciter notre aide. Ils sont toujours les bienvenus, tout au long de l’année. Nous travaillons ensemble, et non les uns contre les autres.
Quel rapport entretenez-vous avec les autres membres du personnel éducatif ?
Nous travaillons de concert avec la Vie scolaire, les professeurs, le proviseur adjoint et les parents d’élèves. Le travail en équipe est nécessaire pour mettre en place un suivi efficace d’un élève en difficulté. Le but : repérer le plus tôt possible le problème du jeune, peu importe au final, sa nature. Addiction, état dépressif, problème familial, d’ordre sexuel… Plus vite nous aidons l’élève à se sortir de ce mauvais pas, plus grande est notre satisfaction.